Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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Retour sur le débat autour de la prime d’excellence scientifique
Article mis en ligne le 2 décembre 2012

par Matthieu Hély
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Le 20 mars 2012, un mail de François Vatin (cf. ci-dessous) était à l’origine d’un débat vif mais argumenté sur la liste générale. Cliquer ici pour retourner aux échanges de l’époque.

Chers collègues,

Je partage la critique sous-jacente à la motion concernant l’extension contre-productive de l’évaluation. Ceci est chronophage, tant pour les évalués que pour les évaluateurs, qui sont souvent les mêmes. On connaît l’adage des employés de bureau de l’ère crozierienne : "tout temps passé au travail est perdu pour l’avancement". L’Université moderne a mis en pratique comme jamais cet adage. Par ailleurs, ces dispositifs managériaux ont une dimension infantilisante, déplaisante à mes yeux.

Je voudrais pourtant, au risque de mettre en péril la belle unanimité qui fleurit en cette occasion sur notre liste et qui tranche sympathiquement avec les invectives que nous avons pu connaître, faire quelques remarques.

1. Ne pensons pas que la notation est une chose nouvelle. Tous les fonctionnaires sont notés, sauf nous. Or, on nous invite à nous noter nous-mêmes, de façon collégiale, alors que la règle générale est que la notation émane du supérieur hiérarchique. Faisons donc attention dans notre communication sur ce point, qui risque de ne pas être comprise du public.

2. Notre corps professionnel est largement responsable de "l’évaluationnite". Il est des lieux où elle nous est imposée par une bureaucratie qui nous échappe. Il en est d’autres, où nous la mettons nous-même en oeuvre, parce qu’elle nous rend service en dépersonnalisant le jugement. Je pense notamment aux comités de rédaction des revues, qui n’ont cessé d’accroître le formalisme de leurs procédures.

3. Je ne comprends pas en quoi cette fonction de notation attribuée au CNU trancherait avec ses compétences traditionnelles, qui sont bel et bien "bureaucratico-managériales". Sans doute, les jeux de classement sont habituellement binaires : "qualifié/pas qualifié", "promu/pas promu". Mais ce sont bien des "notes", à performativité immédiate. De plus, j’ai pu voir que, concernant le passage en classe exceptionnelle, le CNU établissait bien un classement plus fin : 1 promu ; 2. devrait être promu s’il y avait plus de postes ; 3. presqu’en état d’être promu ; 4. pas en état d’être promu.

3. C’est le thème le plus immédiat de mon courrier. La notation centralisée des enseignants-chercheur existe déjà pour ceux qui demandent une prime d’excellence scientifique. L’expérience de mon université -je crois assez partagée- est que les établissements ont préféré respecter à la lettre le classement A/B/C émanant du ministère, plutôt que d’élaborer une politique propre dans l’attribution des primes. Cette réaction est en phase avec certaines orientations du mouvement de 2009 : exigence du maintien de promotions par le CNU (c’est à dire sur la base de la collégialité disciplinaire) plutôt que de confier exclusivement cette tâche d’évaluation aux établissements. Or, le classement qui est actuellement opéré l’est dans des conditions pour le moins opaques, qui ne se justifiaient que par le caractère transitoire du dispositif, avant que les sections du CNU prennent le relais. Le retrait de la section 19 du CNU conduit donc, soit à demander que l’on maintienne le dispositif provisoire -dont je ne vois pas comment il pourrait être défendable-, soit à demander que ce classement soit confié exclusivement aux établissements.

4. Je me permets d’ajouter sur ce dernier point que, dans le contexte de la LRU, la seule solution est effectivement selon moi de confier l’attribution des primes aux établissements qui disposent du budget à cette fin. Sans quoi, on aboutit à l’absurdité qui a eu cours dans mon université : on divise chaque année le montant disponible par le nombre de classés "A" et, suivant les années, les collègues se voient attribués pour quatre ans une prime différente. Entre 2009 et 2011 elle a été de fait diminuée de 2000 euros par an !

Cette dernière remarque me conduit à inviter à dissocier les problèmes :

- Je pense personnellement que le passage aux "compétences élargies" est une catastrophe et que, même dans le cadre d’établissements "autonomes", il faut que la gestion des corps universitaires reste nationale : la mutation d’un collègue d’un établissement à un autre devrait être sans incidence budgétaire pour les établissements. La référence à la régulation marchande est ici infondée, puisque les universitaires si "renommés" soient-ils ne sont pas en mesure de générer des ressources à la mesure de leur traitement par leur présence dans un établissement. Même si l’on est adepte de ce modèle du marché universitaire (ce qui n’est pas mon cas), il n’est pour le moment pas praticable et c’est donc mettre la charrue avant les boeufs que de "dénationaliser" les enseignants-chercheurs, ce qui va en fait bloquer la mobilité, à l’inverse des intentions affichées.
- Pour autant, quand nous avons des responsabilités de gestion, il faut faire avec le cadre juridique imparti, pour minimiser les dégâts. C’est pourquoi, dans la configuration actuelle, je suis favorable à ce que la gestion de la PES se fasse exclusivement au sein des établissements. Si, en revanche, on veut maintenir une évaluation nationale, disciplinaire, le bon sens est que celle-ci soit effectuée par les sections du CNU et non par un organe opaque comme maintenant.

Nous en revenons à la question de départ. Que propose la section du CNU 19 pour l’instruction des demandes de PES ?

Bien à vous tous

François Vatin

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