Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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ANCMSP : Pour 1000 postes t’as plus rien
Article mis en ligne le 23 janvier 2013

par Fanny Jedlicki
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L’annonce le 16 novembre 2012 par la directrice générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle (DGESIP) de la répartition de 1000 postes d’enseignants-chercheurs créés dans le cadre du budget 2013 laissait entrevoir une augmentation des recrutements à l’université, visant à améliorer l’encadrement en premier cycle – ou à faire face au sous-encadrement de certaines disciplines.
Selon ce même courrier, un « nombre équivalent » de postes serait créés en 2014 et 2015. Ces emplois seraient « alloués à travers une augmentation du plafond d’emplois de chaque établissement et avec l’abondement de la subvention pour charge de service public par la masse salariale correspondante, valorisée à un coût moyen de 27 900 € par emploi en 2013, puis à 57 200 € en année pleine à compter de 2014 ».
Mais quelle est la portée réelle de cette annonce ?

Des postes oui mais combien et lesquels ?

Des 1000 postes répartis, comme l’ont déjà remarqué des contributeurs sur la liste, on passe à 980 puis à 791, dans le courrier même de la DGESIP... Qu’en est-il des 209 autres ?

Quelle est la logique de la répartition dans les sites choisis ?

En outre, Sauvons l’Université rappelle que la ministre G. Fioraso n’a pas promis des postes d’enseignants-chercheurs : « les 1000 postes annoncés, “qui ne sont pas forcément des postes d’enseignants-chercheurs, mais des postes d’encadrants”, a tenu à préciser la ministre, font partie des 5000 postes prévus pour l’enseignement supérieur sur les cinq ans, eux-mêmes soustraits aux 60 000 postes annoncés par François Hollande au profit de l’éducation nationale dans son ensemble »… (Sauvons l’université, 18 septembre 2012)
Mais qu’est-ce donc qu’un encadrant ? Un PRAG ? Un maître de conférences tel qu’en emploient les écoles d’architecture, dont le service, entièrement dédié à un volume élevé d’heures d’enseignement, ne couvre pas la recherche ?
Ou même, si le taux d’encadrement ne s’améliore pas, un nouveau modèle de pion, pour amphis du supérieur ?

Autonomie : savoir se serrer la ceinture tout seul

Cette perspective d’amélioration de l’encadrement ne va-t-elle pas se heurter aux contraintes de gestion d’universités « autonomes » budgétairement suffoquées ?

De fait, le ministère accorde non pas des postes mais un niveau de masse salariale : il permet aux universités l’ouverture de lignes budgétaires qui permettront peut-être de financer des postes. Or, la création de ces postes annoncée pour trois ans intervient au moment où il devient de plus en plus difficile aux universités de masquer leurs difficultés chroniques de financement de l’ensemble des postes qui permettent leur fonctionnement, tant du côté des personnels techniques et administratifs que des enseignants-chercheurs.

Comme le rappelait en septembre dernier Louis Vogel, président de la Conférence des Présidents d’Universités (CPU) jusqu’en décembre 2012 et ancien président de l’université parisienne Panthéon-Assas [1] « lorsque les universités ont hérité de l’autonomie, les transferts de financement n’ont pas collé à la réalité : dans la masse salariale (80 %) des budgets, l’État n’a pas pris en compte l’ancienneté de ses fonctionnaires, le glissement vieillesse technicité, dit GVT. Il s’élève à 40 millions d’euros. À cela s’ajoutent les “crédits gelés” – 70 millions en 2011 – pour cause de rigueur et dont la CPU demande le déblocage. L’État est donc redevable à ses universités de 110 millions ».

Auraient-ils oublié le GVT ?

Peut-on s’imaginer un seul instant que les réformateurs des gouvernements successifs soient insouciants, étourdis ou bien stupides [2] ?
Comme le SNESup le rappelle, les 1000 créations d’emploi dans l’enseignement supérieur pour la rentrée 2013 « ne compensent pas le gel du recrutement pour près de 1500 postes et les 3000 emplois supprimés depuis 2008 » [3].

Ces restrictions organisées de financement entraînent notamment :

  • le recours croissant à l’emploi à moindre coût de jeunes docteurs ou d’autres personnels employés comme enseignants, par contrats temporaires ou vacations,
  • l’annonce de gels de poste et de suppression d’heures de cours.

Une fin de l’année 2012 marquée par des annonces inquiétantes

L’université de Strasbourg gèlerait 41 postes (19 BIATOSS et 22 EC) pour l’année à venir, supprimant 40 000 heures d’enseignements sur deux ans [4].

Le conseil d’administration de l’université d’Angers n’a pas pu voter son budget de 2013 au mois de décembre, étant donné sa dotation insuffisante. Une fermeture administrative de l’université début 2013 est envisagée si l’Etat ne revoit pas son financement [5].

Chaque composante de l’université de Bretagne occidentale (Brest) doit réduire son budget de fonctionnement de 10 %, 20 postes de BIATOSS seront gelés [6].

A l’université de Lorraine, le conseil d’administration n’a prudemment adopté son budget 2013 qu’à titre temporaire [7]

Le campus scientifique de l’université Rennes 1 est placé sous tutelle de l’Etat, pour avoir voté deux budgets consécutifs en déficit [8].

Et la liste n’est pas close [9] ...
Quatorze présidents d’université [10]] ont publiquement témoigné des conséquences de la LRU, et leur mouvement a donné lieu à quelques articles dans la presse nationale [11].

Curieusement, l’écrasement de l’Université, acteur majeur de l’enseignement supérieur pourtant en charge de la formation de près d’un million et demi d’étudiants soit près de 60 % des effectifs [12], tout comme l’absence de nouvelles du « Grand emprunt » supposé lancé par le gouvernement précédent, ne donnent pas lieu à un débat public d’envergure, et semblent parfois même n’émouvoir personne – pas même l’ensemble des quatre-vingt présidents d’universités françaises.

L’ANCMSP lance ainsi un appel à information sur les gels de poste et les suppressions d’heures de cours en prévision, afin que la communauté universitaire puisse prendre la mesure des effets attendus de l’étouffement budgétaire autonome des universités françaises et en informer un large public.

Notes :

[1« 19 universités en déficit », Le Figaro, 19 septembre 2012

[3« Les professeurs dénoncent une rentrée universitaire “tendue” », Le Figaro étudiant, 03 octobre 2012

[5source

[6source

[10Mohamed Amara, président de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour ; Jacques Bahi, de Franche-Comté Besançon ; Fabienne Blaise, de Lille 3 ; Lise Dumasy, de Stendhal-Grenoble 3 ; Rachid El Guerjouma, de l’Université du Maine Le Mans-Laval ; Anne Fraïsse, de Montpellier 3 ; Philippe Houdy d’Evry Val d’Essonne ; Yves Jean, de l’Université de Poitiers ; Yannick Lung, de l’université Montesquieu à Bordeaux ; Jean-Michel Minovez de Toulouse 2 Le Mirail ; Mohamed Ourak, de l’Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis ; Jean Peeters, de l’Unvierité de Bretagne-Sud ; Pascal Reghem, de l’Université du Havre ; Danielle Tartakowsky, présidente de Paris 8 Saint Denis

[11Isabelle Rey-Lefèbvre, « Des universités s’alarment de la dégradation de leur budget », Le Monde, 15 novembre 2012 ; blog de Sylvestre Huet dans Libération, « Universités : quatorze présidents veulent rendre les salaires », 15 novembre 2012

[12ancmsp

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