Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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Boudon, un sociologue optimiste de Gérald Bronner
Article mis en ligne le 18 avril 2013

par Matthieu Hély
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LE FIGARO Débats
Boudon, un sociologue optimiste
Gérald Bronner
GÉRALD BRONNER
831 mots
18 avril 2013
Le Figaro

L’auteur*, disciple du grand sociologue disparu, rend hommage à celui qui, dans le sillage de Raymond Aron, est allé à contre-courant des grands systèmes

de pensée. Raymond Boudon, né en 1934, a marqué l’histoire intellectuelle du XX e siècle. Il fut professeur à la Sorbonne, membre de l’Institut de France et auteur d’une oeuvre mondialement reconnue. Sa contribution à la vie des idées est remarquable pour bien des raisons. Inauguralement parce qu’elle permit à nombre de chercheurs des années 1970-1980 de faire de la sociologie autrement.

Au moment où Raymond Boudon fait son entrée à l’université, le monde intellectuel est sclérosé par de grands systèmes de pensée : marxisme, structuralisme... conduisant les sciences sociales vers des horizons idéologiques plutôt que scientifiques. Il fallait un grand courage alors pour poser cette question toute simple : à quoi sert la notion de structure ? C’est ce que fit Raymond Boudon dans un travail qu’il réalisa sous la direction de Raymond Aron et qui constitue l’un de ses premiers livres. Il le fit avec cette simplicité que ceux qui ont pu le croiser lui connaissaient : sans arrogance mais avec la force tranquille de celui qui voit que le roi est nu et propose une lecture du monde social à la fois humble et pénétrante.

Cette lecture s’organise autour de deux idées fortes. La première est que tout phénomène social, aussi énigmatique qu’il paraisse, peut être ramené aux actions et interactions individuelles qui le composent typiquement. En d’autres termes, il révoquait toutes les entités mystérieuses (structures sociales, champs, classes...) censées présider, pour une certaine sociologie, aux destins des hommes.

La seconde est que les individus ont le plus souvent des raisons de faire ce qu’ils font, même si ces raisons ne peuvent pas toujours, loin s’en faut, s’apparenter à une rationalité objective et calculatrice. Comment l’apparente folie idéologique des hommes, leurs errements collectifs peuvent-ils être compatibles avec une forme de rationalité ? Telle fut la question qu’il se posa inlassablement dans une partie de son oeuvre : L’Idéologie , Le Juste et le vrai Croire et savoir ... Cette proposition fut souvent mal comprise par ceux qui voulaient rétrécir son oeuvre et la considérer comme une forme de pensée utilitariste sans manifestement l’avoir lu. Sans l’avoir lu car il était difficile de mal comprendre Boudon tant son style et sa pensée étaient clairs, détonnant avec l’expression absconse qui caractérise trop souvent les sciences sociales. Cette proposition était une forme d’humanisme, promettant à quiconque s’en donnerait les moyens de pouvoir reconstruire l’univers mental ayant présidé à l’apparition de tel ou tel phénomène social mystérieux. Cette volonté de comprendre autrui ne s’apparentait pour autant à aucune compromission intellectuelle consistant à mettre au même niveau les croyances les plus étranges et les connaissances les mieux établies. Au contraire, il n’est pas beaucoup de penseurs qui se soient plus fermement élevés contre les dérives du relativisme que Raymond Boudon (à propos desquelles il écrivit d’ailleurs un « Que sais-je ? »).

Ces deux idées faisaient de lui l’héritier d’une longue et prestigieuse tradition intellectuelle, on pense en particulier au sociologue allemand Max Weber. Raymond Boudon attribuait beaucoup à ces grands prédécesseurs, peut-être un peu trop parfois. Une certaine élégance académique le conduisait à gratifier Durkheim ou Simmel d’idées novatrices qu’il aurait pu revendiquer pour lui-même. Homme de tradition, il connaissait l’importance de s’appuyer sur les travaux des grands penseurs du passé. Et s’il aimait utiliser l’expression « sur les épaules des géants », nous savions tous qu’il était déjà l’un des leurs.

Il ne clarifia pas seulement les bases théoriques nécessaires à la sociologie scientifique, il fut aussi celui que le sociologue américain Robert K. Merton considéra comme « le plus créatif de sa génération » . Il est vrai que Raymond Boudon ouvrit de nombreuses pistes : dialogue avec les sciences cognitives, modélisation des phénomènes sociaux... qui constituent probablement l’horizon des sciences sociales de demain. Malgré cela, il n’a jamais voulu faire école. En grand optimiste, il pressentait que le destin de la sociologie n’était pas de se dissoudre en une kyrielle de programmes se revendiquant de tel ou tel maître tutélaire, mais tout simplement d’être une science. Il comptait pour cela sur la sagesse qui, croyait-il, finissait toujours par s’imposer dans le long terme.

La Sociologie comme science , ce fut d’ailleurs le titre de l’exercice d’autobiographie intellectuelle auquel il accepta de se plier dans ses dernières années, grâce à l’heureuse insistance de Patrice Duran.

C’est donc un homme de science qui nous a quittés le 10 avril 2013.

* Professeur de sociologie de l’université Paris-Diderot (Paris-VII), membre de l’Institut universitaire de France. Dernier ouvrage paru : « La Démocratie des crédules », PUF, 2013.

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