Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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La qualification comme outil d’émancipation à l’égard du marché du travail (Echange entre Bernard Friot et Maryse Bresson)
Article mis en ligne le 25 juin 2013
dernière modification le 14 mars 2014

par Matthieu Hély
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Message de Bernard Friot posté le 25 juin 2013 en réponse à celui de Maryse Bresson sur la liste de l’ASES
Repris sur le blog de Pascal Maillard hébergé par Mediapart

Bonsoir,
Le doctorat est un diplôme et Maryse rappelle à très juste titre (voir ci-dessous) que le diplôme ne vaut pas salaire. Le diplôme est de l’ordre de la certification et nous situe du côté de l’utilité sociale du travail. Le salaire est de l’ordre de la qualification et nous situe du côté de l’évaluation de la valeur économique du travail.
Or la qualification relève de deux procédures contradictoires qui sont aujourd’hui l’enjeu d’un affrontement décisif.
Soit c’est le poste de travail qui est qualifié (comme dans les conventions collectives) et on est sur le marché de l’emploi avec des employeurs qui pratiquent le chantage à l’emploi : c’est l’emploi qui est payé et entre deux emplois on est au chômage.
Soit c’est la personne même qui est qualifiée, il n’y a pas de marché du travail, pas d’employeur et pas de chômage : c’est la grande conquête du statut de la fonction publique d’Etat avec Thorez en 1946 (dans la fonction publique territoriale, hélas les maires sont des employeurs). L’attribution de la qualification à la personne, c’est le grade : un fonctionnaire est payé pour son grade et non pas pour son poste. Dans la fonction publique d’Etat, le grade s’obtient par concours national. Ainsi, dans l’enseignement, l’agrégation (du secondaire ou du supérieur), le capes, le concours de professeur des écoles, ou alors une procédure en deux temps dont le premier est national (CNU) avant l’épreuve locale (comité de sélection).
Les réformateurs (le trio PS, CFDT, Verts en est la variante de gauche, et n’oublions pas le trio Medef, UMP-UDI, FN qui en est la variante de droite) veulent en finir avec la fonction publique d’Etat. Pour affirmer "l’emploi public" contre la fonction publique et faire des enseignants des cadres évoluant sur un marché du travail avec des employeurs et du chômage, il faut exalter le diplôme (qui ne qualifie pas, il certifie) et marginaliser le concours pour en finir avec le grade tout en transformant les chefs d’établissement en employeurs. C’est tout l’enjeu de la LRU/loi Fioraso : confier la masse salariale aux présidents, donner au CA croupion de la présidence le dernier mot en matière de recrutement, et autant que possible marginaliser le CNU et faire des CS des organes donnant des avis à la présidence. La première mouture de la LRU prévoyait de faire du CNU un simple organe consultatif, il a fallu la grande grève de 2009 pour rétablir son caractère délibératif, mais les réformateurs n’abandonnent jamais et tentent à nouveau leur coup de force contre le concours fondateur du grade, donc contre le CNU, au nom (bien sûr) de la "valorisation du doctorat".
Il se passe la même chose avec la mastérisation qui prépare la marginalisation du capes et de l’agreg dans le secondaire.
Les enseignants sont la composante principale de la fonction publique d’Etat. Faire sauter les concours d’enseignement fondateurs du grade des enseignants, leur substituer le couple diplôme/entretien d’embauche sur un emploi, est l’enjeu essentiel des réformateurs. S’ils gagnent, il y aura du souci à se faire pour la fonction publique et ce qu’elle représente comme subversion du marché du travail et affirmation du salaire à vie, une anticipation émancipatrice qui pourrait être, si nous la promouvions pour tous les salariés, l’anticipation du salaire à vie pour tous et, pour tous, de la disparition des employeurs. Nos adversaires, eux, n’arrêtent jamais de mener la lutte de classes.
Bernard Friot, IDHE, Paris Ouest


Bonsoir,
comme quoi ce n’était pas du tout un amendement aberrant venu de nulle part... et malgré les dénégations, je maintiens pour ma part que le cadre national des emplois est un des enjeux –sans-doute même l’enjeu majeur de cette suppression...
C’est pourquoi des éléments de réponse (à compléter et affiner) pourraient être ;
- 1) Aucun diplôme en France ne suffit à accéder à un emploi, ni dans la Fonction publique, ni dans le privé.
- 2) Dans la Fonction publique, pour obtenir un emploi à statut il faut passer un concours, et les conditions pour passer le concours varient selon les professions/métiers. Donc ce n’est pas spécialement discréditer le doctorat que d’instituer des conditions pour accéder à la profession particulière d’enseignant-chercheur. C’est même discréditer la profession que de n’en instituer aucune ?
- 3) Pour beaucoup de concours nationaux, les conditions de diplômes suffisent. Mais dans la mesure où le concours pour devenir enseignant-chercheur n’est pas national (sauf pour l’agrégation du supérieur), mais s’organise localement, l’absence de filtre national avant et le localisme d’un bout à l’autre de la chaine impliquent mécaniquement une fragilisation et favorise la remise en cause du cadre national des emplois
- 4) la qualification nationale ne sera –peut-être- pas suffisante pour protéger le cadre national des emplois d’enseignant-chercheur mais c’est quand même un verrou plus que jamais aujourd’hui, important et nécessaire.
Cordialement, Maryse Bresson.

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