Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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2009-2014 : de l’université-entreprise au dépôt de bilan à Clermont-Ferrand.
Article mis en ligne le 22 mai 2014
dernière modification le 26 mai 2014
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En 2009, Philippe Dulbecco dirigeait l’université de Clermont-Ferrand-I et déclarait au Figaro : « Je gère mon université comme une entreprise ».
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/09/12/01016-20090912ARTFIG00212-je-gere-mon-universite-comme-une-entreprise-.php

En 2014 :

Des dizaines de suppressions de postes BIATSS, EC, ATER ont été annoncées, et une réduction de 30% du budget du SUC (Service Université Culture). La direction du SUC signe un manifeste et lance une pétition.

L’accès à la culture est un droit fondamental pour chaque étudiant. La culture est un puissant moteur de transformation sociale ; la formation d’étudiants, acteurs et critiques, ne peut se faire sans émancipation culturelle. En ce sens le Service Université Culture (SUC) de Clermont Université assure une mission de service public fondamentale.

Accès au Manifeste ici

Pour une politique culturelle ambitieuse et durable

Créé en 1984, le SUC a été l’un des premiers services culturels universitaires. Il promeut et défend une politique culturelle ambitieuse pour les étudiants, au cœur de la Cité. Le SUC contribue par ses ateliers de pratique, à la construction des parcours citoyens des étudiants en les accueillant sans exigence de niveau préalable, en leur ouvrant un large champ artistique, culturel, social et humain, en les guidant vers l’acquisition de savoir-faire exigeants. Le travail avec des artistes professionnels permet une confrontation d’expériences, de techniques et d’approches esthétiques. L’accès du plus grand nombre d’étudiants à la vie culturelle est une ambition heureuse et constante inscrite dans la convention-cadre entre l’Etat (Ministère de la Culture) et les Universités de Clermont-Ferrand.

Engagements et désengagements

Clermont Université, établissement public de coopération scientifique créé en 2008, s’est engagé à porter « une politique culturelle authentiquement universitaire, mise en œuvre par des personnels compétents dans les secteurs culturels et artistiques, disposant des moyens humains, techniques et logistiques indispensables » (conseil d’administration, juin 2012). La convention Université, lieu de culture signée à son tour en juillet 2013 par la Ministre de la Culture et de la Communication, la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et le Président de la Conférence des Présidents d’Université entend donner un nouvel élan aux politiques culturelles, favoriser les pratiques culturelles et artistiques des étudiants de toute la communauté universitaire, renforcer la rencontre entre l’université et la création artistique et dynamiser les liens avec la Cité. Définie en partenariat avec le réseau national Art + Université + Culture, et avec une contribution notable du SUC, cette politique culturelle est, déjà, en passe d’être enterrée.

L’université est aujourd’hui confrontée à des difficultés financières sans précédent, justifiées par un désengagement financier inacceptable de l’Etat, après l’adoption de la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (loi LRU) et à l’autonomisation de son fonctionnement. Par des répercussions prévisibles qui atteignent de nombreuses universités en France, des réductions budgétaires sont appliquées brutalement aux composantes, aux étudiants, aux personnels et aux services, et remettent très dangereusement en cause les missions de service public. À l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, la suppression actuelle de plus de 50 postes de contractuels administratifs et techniques, de postes d’enseignants-chercheurs, le non-renouvellement de 30% des contrats doctoraux, la réduction de respectivement 15% et 20% des dotations de fonctionnement des composantes et des laboratoires, la diminution de près de 10% du nombre d’heures d’enseignement proposées aux étudiants et le gel du plan pluriannuel de renouvellement du matériel pédagogique sont insupportables.

À Clermont Université, la culture paie un tribut encore plus lourd à cette politique d’austérité qui ne peut plus taire son nom. Déjà amputé de 30% entre 2010 et 2013, le budget du SUC subit une nouvelle réduction de 30% en 2014. L’équipe actuelle est amputée d’un poste technique, indispensable à son fonctionnement. Des artistes intervenant dans les ateliers et stage ne peuvent plus être rémunérés. La direction du SUC n’a d’autre choix que celui de présenter sa démission collective pour dénoncer cette situation insoutenable. Aujourd’hui, l’accueil des étudiants au sein des ateliers à la prochaine rentrée paraît impossible, menaçant directement la validation des pratiques artistiques obligatoires dans certains cursus (Département des Métiers de la Culture) ; des partenariats privilégiés noués et entretenus depuis de nombreuses années avec les acteurs de la culture dans la Cité et en région ne pourront plus être honorés ; certains projets artistiques et culturels universitaires locaux, nationaux et internationaux devront être abandonnés.

À un moment où les pratiques culturelles et artistiques se développent au sein du réseau Clermont Université (43 ateliers ouverts aux étudiants et au public, 12 stages encadrés par des professionnels à la réputation incontestée, plus de 50 événements/représentations sur la seule année universitaire écoulée), cette réduction des moyens matériels et humains promet un coup d’arrêt violent aux ambitions et aux actions culturelles des universités clermontoises.

Un projet de société

Comment imaginer que l’université puisse se priver sciemment des forces et de l’énergie créatrices portées par son service culturel ? Les acteurs de la culture à l’université se refusent aujourd’hui à renoncer au rêve de la médiation artistique et culturelle imaginée par le Front populaire, portée en particulier par Jean Zay. Ils se refusent à dissoudre les liens tissés entre enseignement supérieur, recherche fondamentale et pratiques artistiques depuis les années 1960 – et qui donnèrent corps au projet d’éducation populaire, de démocratisation et d’accès à une culture de qualité pour tous imaginé par Laurent, Vilar, Malraux ou Nordey. Ils se refusent à renoncer au projet culturel élaboré par Jack Lang dans les années 1980 et que les nouveaux animateurs universitaires de la culture ont su porter à Clermont-Ferrand et ailleurs depuis. Cet élan historique en faveur de la culture universitaire doit-il être coupé au nom d’une austérité financière ? Comment accepter que la culture universitaire soit à ce point sacrifiée au cœur d’une université clermontoise précurseuse, l’année même où s’est tenue la première Journée nationale des arts et de la culture dans l’enseignement supérieur, le 10 avril dernier ?

Comme l’enseignement et la recherche, actuellement affectés par les mêmes régressions, l’art et la culture doivent être ardemment défendus, pensés par et pour les étudiants. L’Université se doit d’investir le champ culturel à la mesure de ses ambitions réelles si elle ne veut pas reculer. Sacrifier la culture à l’université au nom d’une austérité économique de court terme revient à renoncer au projet d’une culture créatrice et émancipatrice pour les étudiants. Il est temps que l’université tisse de nouveaux liens entre création et éducation populaire. Inspirons-nous du Petit Manifeste de Suresnes de Jean Vilar et ayons à notre tour l’ambition de réunir l’étudiant-créateur et l’artiste confirmé, le jeune citoyen et les acteurs culturels des territoires, l’étudiant fils d’ouvrier et le professeur agrégé. Rappelons et faisons nôtres les mots de Jacques Lassalle : « L’art, ce n’est pas la survie pour soi, c’est peut-être la survie pour les hommes après soi. Aujourd’hui le service public, ce serait tout de même cette préoccupation-là qui devrait l’habiter ».

Pour tous les acteurs impliqués dans le Service Université Culture, il est indispensable de faire de la culture une priorité et de réenchanter l’université par la culture ; pour la formation des étudiants, pour l’avenir de la Cité.

Le Service Université Culture (SUC) de Clermont Université

Premiers signataires :

Cyril Triolaire, maître de conférences aux départements Métiers de la Culture et Histoire de l’université Blaise Pascal, responsable d’atelier « théâtre » au SUC

Catherine Milkovitch-Rioux, maîtresse de conférences au département de français de l’université Blaise Pascal, directrice du SUC

Stéphanie Urdician, maîtresse de conférences au département d’études hispaniques de l’université Blaise Pascal, directrice adjointe et responsable du secteur théâtre/arts de la scène du SUC

Évelyne Ducrot, coprésidente du réseau national Art + Université + Culture, chargée de l’action culturelle et fondatrice du SUC

Myriam Lépron, professeur agrégée de lettres modernes, responsable du secteur Lire/écrire du SUC, chargée de mission études et vie universitaire de Clermont Université

Caroline Lardy, maîtresse de conférences en études cinématographiques au département Métiers de la Culture de l’université Blaise Pascal, responsable du secteur cinéma du SUC

Jean-Louis Jam, professeur au département Métiers de la Culture de l’université Blaise Pascal, chef de l’Orchestre universitaire, directeur fondateur du SUC

Nicolas Duquerroy, professeur des écoles, responsable des secteurs danse-cirque/arts de la scène du SUC

Lionel Balard, professeur d’arts plastiques à l’Espé Clermont-Auvergne, responsable du secteur arts plastiques du SUC

Philippe Bourdin, professeur d’histoire moderne au département d’histoire de l’Université Blaise Pascal, ancien directeur adjoint du SUC

Forum
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La confusdion et l’amalgame ne servent pas les intérêts du SUC
Philippe Dulbecco - le 25 mai 2014

Cher collègue

Étant nommément cité dans votre article, je tiens à apporter les précisions suivantes :
1) l’université d’Auvergne et son président n’ont aucune responsabilité dans les mesures annoncées qui relèvent TOUTES de la décision de l’Université Blaise Pascal et du Président du PRES
2) l’université d’Auvergne n’a été consulté sur AUCUNE des décisions citées
3) la seule décision qui relève de l’université d’Auvergne et de son président ces dernières années s’agissant du SUC a été d’y affecter un EMPLOI SUPPLÉMENTAIRE d’IGE

Je vous demande par conséquent de corriger votre article de manière à ne pas entretenir une confusion inutile et /ou contribuer à un amalgame qui n’apporte rien au regard de la situation péjorative que rencontre le SUC.
En vous remerciant d’avance

Philippe Dulbecco

Précision sur la situation et le combat du Service Université Culture
Catherine MILKOVITCH-RIOUX, Directrice du Service Université Culture - le 26 mai 2014

Bonjour,

Quelques précisions me semblent nécessaires pour éclaircir la situation globale, expliquée dans le manifeste "Réenchanter l’université par la culture" que j’ai co-signé.

Le SUC a été à sa création en 1984 un service de l’Université Blaise Pascal, puis un service inter-universitaire (Université Blaise Pascal et Université d’Auvergne), avant de devenir un service du PRES Clermont-Université depuis la création (et l’évolution juridique) de cette structure, dont les membres fondateurs sont les deux universités pré-citées,l’École Nationale Supérieure de Chimie de Clermont-Ferrand, l’Institut Français de Mécanique Avancée et VetAgro Sup.

La réponse aux difficultés actuellement rencontrées par ce service sur l’ensemble du site (moins 60% de budget depuis 2010) est de la responsabilité de Clermont Université. À défaut, elle doit être apportée par l’ensemble des établissements fondateurs.

Au delà de cette situation locale, étant donnée la situation comparable de nombreux services culturels des universités françaises regroupés dans le réseau national Art + Université + Culture (AUC), se pose la question du financement par l’État de ses universités et de leurs missions : enseignement, recherche,et également culture, santé, sport, handicap - dont les difficultés surgissent nationalement.

Il s’agit donc de décider désormais de quelle université nous voulons sur nos territoires : quelle place, en particulier, est réservée à la culture dans un projet qui doit être porté politiquement, nous l’espérons, nationalement, et relayée sur chaque territoire. La convention "Université lieu de Culture" venant d’être signée en 2013 par deux ministères et la conférence des présidents d’université (CPU), il est peu de dire que les mots ne semblent pas suivis des actes.

C’est pour toutes ces raisons que nous pensons que nos difficultés, et notre combat, doivent avoir une résonance, et une réponse, également nationale.

Merci à vous de porter ce combat, afin de servir le plus largement possible une vision ambitieuse de l’université, où la culture puisse jouer un rôle déterminant dans la formation des étudiants.



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