Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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Hommage à François Bonvin
Article mis en ligne le 18 juillet 2016

par Cécile Rabot
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Des chercheurs du CESSP ont publié en juin 2016 un hommage à François Bonvin.

François Bonvin 1933 - 2016
François Bonvin est né en 1933 à Arbaz, près de Sion, dans le canton du Valais, où son père possédait une scierie. Fait rare dans le contexte rural de la Suisse d’avant l’expansion scolaire, il a pu, à la différence de ses cinq frères et sœurs, entreprendre des études au-delà du primaire dans le cadre des réseaux religieux catholiques. Il a fait en Suisse, en France, à Rome de solides études de philosophie et de théologie. L’expérience précoce de l’internat a été pour lui une des expériences formatrices de sa vision du monde social : pensionnaire jusqu’au baccalauréat au Collège des Missions du Bouveret, au bord du lac Léman ; il a fait son noviciat à Fribourg (Suisse) puis des études supérieures dans la Congrégation du Saint Esprit à Paris. Il a achevé des études de théologie à Rome et en Allemagne. Au Sénégal il est prêtre de paroisse rurale pendant plusieurs années. De retour en France au début des années soixante, il quitte l’état ecclésiastique. Il se marie avec Thérèse, ils ont trois enfants : Jean-Loup, Régis et Sylviane. Il reprend ses études à l’Institut catholique de Lille en même temps qu’à la Faculté de Lettres de la même ville. Sa rupture avec l’ordre ecclésiastique n’est pas sans lien avec son expérience des relations entre l’Eglise et le pouvoir colonial.

À Lille, il a fait partie avec Yvette Delsaut, Madeleine Lemaire et Michel Pinçon du petit groupe des étudiants de Bourdieu et de Jean-Claude Chamboredon qui, au milieu des années 1960, ont participé à l’enquête sur les Musées européens, objet du livre collectif L’Amour de l’Art. Un ensemble d’événements qui a eu des répercussions décisives sur sa vocation de chercheur. François Bonvin fait partie, dès la fin des années 1960, du groupe de chercheurs du Centre de Sociologie Européenne. Il travaille entre autres avec Jean-Claude Chamboredon, Monique de Saint Martin, Francine Muel-Dreyfus, Jean-Claude Combessie et Jean-Pierre Faguer. Devenu chef de travaux puis maître assistant et maître de conférences, il a été un enseignant-chercheur exceptionnel à l’EHESS, passionné par la recherche sur le terrain et les questions de transmission du métier de chercheur puis, durant la dernière partie de sa vie, dans différentes universités brésiliennes. De nombreux mémoires, thèses, articles, livres témoignent des liens qu’il a su tisser avec ses anciens élèves.

François Bonvin a été un sociologue de l’éducation précurseur et inventif, travaillant sur des objets souvent en marge du courant dominant, comme l’auto-élimination des enfants des classes populaires. La question de la transmission culturelle entre générations dans le cadre de la famille et de l’école est au centre de ses recherches. Il prend en compte les différents acteurs du système éducatif : professeurs, élèves, parents, agents de l’encadrement des jeunes. Ses enquêtes traitent surtout des établissements qui se situent aux confins du système scolaire, mais aussi des plus grands, mettant l’accent sur la concurrence entre l’enseignement privé et l’enseignement public.

C’est l’objet principal de sa thèse de Troisième cycle soutenue en 1980. Son travail avec Chamboredon portant sur des collégiens d’une commune de la région parisienne constitue une analyse exemplaire à la fois par la manière de faire et par ses conclusions sur les effets biographiques produits dans les classes populaires par l’intériorisation des verdicts scolaires. C’est un travail qui anticipe par bien des aspects les enjeux actuels de la sociologie de l’éducation. Cette vision de la sociologie lui a permis d’aborder, sous tous ses aspects, la question des effets du déclassement social. D’où la diversité extrême de ses objets et pourtant leur profonde unité pour analyser ce qu’il appelait, objet central de son séminaire à l’EHESS, les ruptures biographiques : la stigmatisation des handicapés physiques et sociaux (François Bonvin, « La séparation », Sociétés et représentations, n°2, avril 1996, pp. 185-196), les ruptures de trajectoires familiales, scolaires et sociales des immigrés (François Bonvin et Elisabeth Auclair, « Recommencer sa vie en France : parcours d’insertion de réfugiés du Sud-Est asiatique et le dispositif d’adaptation », Paris, FORS (Fondation pour la recherche sociale), 1986, 186 p.), le rôle de l’informatique dans la reconversion professionnelle des autodidactes (François Bonvin et Jean-Pierre Faguer, « Une génération d’autodidactes », Actes de la recherche en sciences sociales, n°134, 2000, p. 78-83). Ces travaux se sont nourris d’échanges nombreux avec Abdelmalek Sayad ainsi qu’avec de nombreux chercheurs du CSEC (enquête ethnographique sur les usages de la télévision dans les familles, ou sur le soutien scolaire aux enfants de l’immigration).

Il savait écouter et rendre compte de la dimension affective des liens sociaux. Ses monographies ont une grande qualité sociologique et littéraire. En témoignent la publication dans les Actes de la recherche en sciences sociales, d’un article sur une école privée en crise après 1968 (François Bonvin, « L’école catholique est-elle encore religieuse ? », Actes de la recherche en sciences sociales, n°44-45, 1982, p.95-108) et sa contribution à l’ouvrage collectif : La Misère du monde (« Le malade objet, entretien avec une femme hospitalisée », 1993, p.1344-1355).

La collaboration avec les collègues brésiliens, qui avait commencé au CSEC et au CSE dès les années 1980, s’est intensifiée en 1997 quand il a donné un cours sur la sociologie de Bourdieu à l’invitation du CERU (Centre d’études rurales et urbaines de l’Université de Sao Paulo). Le succès de cette entreprise lui a permis d’être invité dans différentes universités de l’Etat de Sao Paulo : Unicamp, Unesp (campus d’Araraquara et de Marilia) ainsi que dans les universités d’autres états du Brésil : Rio de Janeiro, Minas Gerais, Mato Grosso, Maranhao, Bahia, Amazonie. Beaucoup de ces invitations provenaient d’anciens élèves de son séminaire à l’EHESS. Les longues périodes passées au Brésil tenaient également à la volonté de partager sa vie avec Maria Helena Antuniassi. Il a noué une collaboration plus suivie avec le CERU dans lequel il a participé directement aux projets de recherche à l’origine du livre : Desemprego, Ruptura familiar e Solidao – Trajetoria de Vida da Populaçao de Rua em Sao Paulo de Maria Helena R. Antuniassi (coord.), François Bonvin, Cecilia Carmen Rodrigues, Oscarlina Maltese Rezende. Il s’est impliqué également dans un projet de reconstitution de la trajectoire intellectuelle de Georges Balandier (en cours de finalisation).

Généreux, tolérant, bienveillant, attentif, curieux, homme d’une grande culture, et homme d’échanges et de débats, François Bonvin était toujours prêt à répondre aux demandes des étudiants et chercheurs et à rechercher avec eux des réponses à leurs questions, et de nouvelles pistes de recherche à explorer.

Jean-Pierre Faguer et Afrânio Garcia
Avec nos remerciements à Maria Helena Antuniassi, Yvette Delsaut, Francine Muel, Michel Pialoux et Monique de Saint Martin.

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