Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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Doctorante canadienne expulsable : la France maltraite les étudiants étrangers
Article mis en ligne le 13 décembre 2011
dernière modification le 30 janvier 2016

par Matthieu Hély
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Tribune sur le site Rue89 13/12/2011 à 16h07

Doctorante canadienne expulsable : la France maltraite les étudiants étrangers

Laurent Willemez, Sociologue.

Il y a quelques jours, la préfecture de police de Paris est encore une fois intervenue dans le cursus universitaire d’une étudiante, en prenant une décision brutale et inadmissible.

Emilie, doctorante en sciences sociales et canadienne doit renouveler chaque année son titre de séjour ; début novembre 2011, elle s’est vue notifier un refus de renouvellement assorti d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sous trente jours, au motif de « progression [in]suffisante » dans ses études depuis son entrée en France.

C’est donc un agent préfectoral qui juge de la pertinence du travail mené par nos étudiant-e-s, en licence, en master comme en doctorat. C’est pourtant là l’une de nos missions. Comment cet agent pourrait-il connaître les conditions objectives de réalisation d’un doctorat en sciences humaines et sociales (SHS), particulièrement en sociologie ?
Que sait l’agent électoral des exigences d’un doctorat ?

Nous, enseignants-chercheurs qui avons effectué nous-mêmes un doctorat, savons que la durée des thèses en sciences sociales excède très souvent les trois années prévues par la réforme du LMD (micence-master-doctorat).

Les études s’allongent encore plus lorsque l’on doit trouver des revenus pour les financer et vivre ; or, le nombre d’allocations et de contrats doctoraux ne cesse de diminuer, dans le secteur SHS en particulier, tandis que les exigences pour ceux et celles qui veulent poursuivre une carrière académique en termes d’investissement scientifique collectif et de publication augmentent.

Cet agent qui a refusé la présence d’Emilie sur le territoire, et parmi nous comme collègue, sait-il que sa participation à des contrats de recherche comme à la vie de son laboratoire et de son université, ainsi que la rédaction de ses communications et publications prennent du temps et font partie de ce que l’on attend désormais d’un-e doctorant-e ?
Un objectif quantitatif à atteindre

Certainement pas, cela n’est pas son métier ; par ailleurs, cet agent répond aux exigences de son ministère : faire diminuer le nombre d’étrangers sur le territoire national. Afin d’atteindre cet objectif quantitatif, les conditions de vie et d’études des migrant-e-s en général, sont aggravées, le contrôle et la répression à leur égard durcis.

Aussi, le cas d’Emilie n’est ni unique ni exemplaire ; il s’ajoute à la longue liste de nos étudiant-e-s et de nos collègues malmené-e-s par les services de l’Intérieur français. Nos étudiant-e-s sont de plus en plus nombreux, à être sommés de quitter le territoire français, placés en centre de rétention, expulsés, alors qu’ils devraient travailler leur exposé, réviser en vue de leur partiel, rédiger leur mémoire ou encore accomplir leur stage.

En amont, des prétendant-e-s (hors Union européenne) aux études en France voient leurs demandes de visa déboutées par des services consulaires français, voire des agences privées (à qui cette tâche a été externalisée) : ainsi, des étudiants acceptés par les enseignants chargés de sélectionner des candidats dans certaines formations, ne rejoignent pas leurs camarades en septembre.

Désormais, avec la circulaire Guéant, nos étudiant-e-s diplômé-e-s de l’enseignement supérieur français pourront se voir refuser un emploi, au nom d’une odieuse priorité nationale.
De plus en plus difficile de faire venir nos collègues

Enfin, il est de plus en plus difficile de faire venir nos collègues étrangers (professeurs, chercheurs) invités : certains sont refoulés à l’aéroport ! Dans le même temps, certain-e-s de nos collègues, titulaires mais étrangers, sont l’objet de tracasseries administratives.

Ces traitements inégalitaires entre étudiant-e-s et enseignant-e-s français et étrangers sont contraires aux exigences de notre mission d’enseignement et de recherche publique. En outre, ils interviennent massivement au moment même où les pressions et injonctions au « rayonnement scientifique » de la France, à l’excellence de ses formations et de ses recherches, au développement de partenariats avec l’étranger n’ont jamais été aussi fortes !

Mais comment tisser des relations avec des universités et centres de recherche étrangers, quand leurs étudiants, leurs enseignants sont maltraités en France ? Comment poursuivre la tradition intellectuelle française, nécessairement ouverte et en lien avec le reste du monde, dans ce climat hostile et délétère ? Laurent Wauquiez doit agir.

Nous dénonçons vigoureusement la politique de lutte contre l’immigration menée par le gouvernement ! Nous refusons de déléguer à des agents préfectoraux consulaires, le suivi et l’évaluation de nos étudiant-e-s ! Nous voulons l’égalité de traitement pour tous nos étudiant-e-s et collègues étrangers et nationaux ! Nous voulons exercer notre métier avec nos collègues et étudiant-e-s étrangers, comme nous l’avons toujours fait.

Nous demandons à notre ministre de tutelle Laurent Wauquiez d’interpeller le gouvernement sur la politique de lutte contre l’immigration, qui entraîne des situations insupportables au sein de nos établissements.

L’Association des sociologues enseignants du supérieur (Ases)

Forum
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Emilie Adam-Vezina obtient un titre de séjour
Fanny Jedlicki - le 29 décembre 2011

Une bonne nouvelle : Emilie a obtenu un titre de séjour d’une année, qui lui permettra de finir sa thèse, une fois remise de tous ces bouleversements.

Voici le message qu’elle a adressé aux membres de son laboratoire (l’URMIS) :

"Cette longue mobilisation a porté ses fruits : la préfecture a abrogé la procédure, décision prise une journée avant l’audience [finalement, le procès ne s’est donc pas tenu, cela lui a été notifié 10 mn avant la tenue de l’audience...]
Me voilà en règle, avec un titre de séjour d’un an.
Nous avions décidé de solliciter à la fois le milieu de la recherche et de l’enseignement, les politiques, les médias et la justice. C’est probablement une combinaison de tout cela qui a permis cette issue favorable.
Je tiens à vous remercier chaleureusement pour tout le soutien offert pendant ces longs mois. Je ne sors pas indemne de ce "combat" mais prête à aller de l’avant.
La mobilisation a permis l’élaboration d’un savoir-faire et le dialogue entre divers milieux. C’est un vrai gain pour tous les autres étudiants étrangers (...).
Espérons qu’en 2012, [les autres étudiants étrangers] pourront terminer leur cursus en situation régulière et continuer leur vie en France."

La situation collective des étudiants et collègues étrangers reste très préoccupante. Les prises de position du milieu académique se multiplie ces derniers temps. Ainsi, l’assemblée des enseignants et le conseil d’administration de l’EHESS a pris une motion pour dénoncer cette situation voir ici, tandis que les prises de positions contre la circulaire Guéant se poursuivent voir par exemple ici.

Vigilance et résistance sont de mises.

Emilie Adam-Vezina obtient un titre de séjour
- le 7 février 2012

Merci

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