Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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Réformer l’université - le Monde, Idées, 20 juin 2012
Article mis en ligne le 24 juin 2012
dernière modification le 15 mars 2014

par Matthieu Hély
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Par Jean-François Balaudé, Fabienne Blaise, Lise Dumasy, Anne Fraïsse, Jean-Emile Gombert, Yves Jean, Jean-Luc Mayaud, Jean Peeters.

L’élection de François Hollande à la présidence de la République sur un programme de Justice et de promotion de la jeunesse a fait naître un grand espoir dans l’enseignement supérieur. Nous voulons croire à ce qu’il annonce, le changement c’est maintenant.

Et il y a beaucoup à faire :
améliorer le financement global des universités, pour que la France puisse tenir le rang qui lui revient ;
revenir sur la formation des enseignants, qui a été très gravement abîmée ;
rééquilibrer les financements récurrents et sur projets ;
cesser d’empiler les structures inutiles et coûteuses (EPCS, FCS et autres Idex) ; -Créer les emplois nécessaires aux évolutions demandées (soutien des premiers cycles, développement de la recherche sur projet, des stages, du développement de l’alternance, exercice des responsabilités et compétences élargies...).

Bien sûr un grand débat sur l’enseignement supérieur et la recherche à l’automne est une nécessité. Mais le gouvernement peut et doit dès maintenant corriger les inégalités les plus flagrantes : celles qui touchent les étudiants inscrits dans les licences et masters des Humanités en Lettres, Langues, Arts, Sciences Humaines et sociales, Droit, Économie et Gestion ainsi que les enseignants-chercheurs de ces mêmes disciplines.

Notre pays est le seul à avoir instauré et en formation et en recherche une discrimination aussi scandaleuse envers les disciplines relevant des LLASHS. Le système SYMPA d’attribution des moyens de fonctionnement et d’encadrement aux établissements du supérieur a encore accentué l’injustice qu’il était censé corriger.

Quel argument sérieusement avancer aujourd’hui pour imposer que la formation d’un étudiant en LLASHS ait un coût plus de deux fois inférieur à celle d’un étudiant de sciences, plus de quatre fois inférieur à celle d’un étudiant technologique ? La dotation SYMPA a conduit à diminuer le financement des Humanités au profit des formations en Sciences "exactes", des IUT et des formations d’ingénieurs. En 2012, 146 millions d’euros de crédits ont été retirés des licences et masters des Humanités, dans le même temps où 63 millions supplémentaires ont été alloués aux études en IUT, 55 aux formations universitaires en sciences "exactes", 18 millions aux écoles d’ingénieurs et 10 millions aux études de médecine.

Aucun des arguments si souvent invoqués autrefois (nombre d’heures d’enseignement, outils pédagogiques, coût réel des formations) ne tient devant l’évolution de disciplines qui forment et professionnalisent plus de la moitié des étudiants français et bénéficient de moins de 30% des moyens alloués

En matière de formation, on ne peut parler de justice et d’avenir pour la jeunesse sans commencer par réorienter les crédits vers ceux qui en ont le plus besoin La justice et l’avenir des jeunes c’est :
rétablir un équilibre économique entre les filières de formation sélectives et non sélectives.
répartir les crédits de la licence non en fonction de la filière choisie, mais en fonction du baccalauréat obtenu par l’étudiant. Les étudiants titulaires de bacs professionnels et technologiques peuvent réussir et même réussir à l’université. Mais ils ont besoin d’un accompagnement spécifique qui justifie un financement plus important.
rembourser aux universités l’exonération des droits d’inscription pour les étudiants boursiers, parce que dans le système voulu par le gouvernement précédent plus une université accueille des étudiants en difficulté, moins elle a de crédits.
prendre en compte aussi bien les activités pédagogiques et collectives que les activités de recherche dans les carrières universitaires.

La justice c’est encore redéfinir les priorités de financement en réaffectant sans délais aux universités, notamment au bénéfice de l’enseignement en licence, les crédits largement distribués à diverses agences.

Mais la justice - et l’intérêt de la science - c’est aussi de donner à la recherche en LLASHS les moyens de se développer. Elle souffre en effet d’une considération purement économique, voire marchande de la recherche, qui évalue celle-ci à l’aune de sa seule rentabilité, ce qui nuit tout particulièrement à des disciplines dont l’apport est principalement social et culturel. De plus, pendant des dizaines d’années, le CNRS (seul organisme de recherche pluridisciplinaire) a beaucoup moins investi dans ces secteurs que dans tous les autres secteurs scientifiques, particulièrement en Région, et de nombreux secteurs disciplinaires sont essentiellement couverts par des EA (équipes d’accueil, soutenues par le seul ministère), avec des enseignants-chercheurs bénéficiant de peu de crédits, de peu d’appuis en personnels d’ingénierie, et de très rares périodes de sabbatiques leur permettant de se consacrer pleinement à la recherche.

Dans ces domaines, l’UMR (unité mixte de recherche, soutenue par le ministère et le CNRS), malgré la qualité de celles qui existent, ne peut donc pas être considérée comme l’unité de base de la recherche tant que le CNRS n’acceptera pas de s’impliquer plus en Région. La justice c’est donc aussi soutenir la recherche en LLASHS en aidant le CNRS à s’impliquer plus fortement dans ces champs de recherche sur les sites universitaires, en particulier en région, c’est rompre avec une politique qui affirme bien fort la valeur et l’utilité des LLASHS pour pouvoir plus facilement leur enlever moyens et crédits. C’est faire en sorte, au-delà du nécessaire rééquilibrage entre moyens récurrents et moyens contractuels sur projets, que les appels à projet pour la recherche concernent tout autant ces secteurs que les autres, et qu’ils aient les mêmes moyens pour y répondre.

Le chantier est à la mesure des échecs de la LRU et de la réforme des universités ; il doit être engagé dès maintenant.

Les présidents d’université : Jean-François Balaudé (Université Paris 10), Fabienne Blaise (Université Lille 3), Lise Dumasy (Université Grenoble 3), Anne Fraïsse (Université Montpellier 3), Jean-Emile Gombert (Université Rennes 2), Yves Jean (Université de Poitiers), Jean-Luc Mayaud (Université Lyon 2), Jean Peeters (Université Bretagne Sud). [1]

[1] À part les universités de Poitiers et de Bretagne Sud qui sont des universités pluridisciplinaires, toutes les autres sont exclusivement SHS (Note de SLU)

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