Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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Près d’un quart des universités sont en situation de grave déficit
Article mis en ligne le 6 juillet 2012

par Matthieu Hély
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Les présidents d’université, en plein préparatifs de la rentrée 2012, sont inquiets pour leurs finances et préfèrent prendre les devants avant les arbitrages budgétaires. Dans son audit rendu public lundi 2 juillet, la Cour des comptes pointe un manque de 120 millions d’euros dans le budget de l’enseignement supérieur, dont 88 millions d’euros pour financer les bourses aux étudiants. Le solde est lié à la sous-estimation des frais de personnels des universités.

Selon nos sources, près d’un quart des 80 établissements affichent un déficit pour 2011, qui risque de se reproduire en 2012. Leur budget est particulièrement tendu et ils disposent d’une trésorerie d’un montant proche ou inférieur à un mois de fonctionnement, au-dessous du seuil prudentiel.

La loi de 2007 sur l’autonomie a confié aux universités la gestion de la totalité de leur budget, masse salariale comprise, couvert à 90 % par une dotation de l’Etat. Mais deux années consécutives de déficit les exposent à une mise sous tutelle du recteur. Pour les universités, il est donc vital que l’Etat évalue correctement leurs besoins, afin d’éviter l’apparition de déficits chroniques.

Selon Jean-Loup Salzmann, en charge de la commission des moyens à la Conférence des présidents d’universités (CPU) et président de Paris-Nord, " il manque 45 millions d’euros sur la masse salariale dont l’évolution a été sous-estimée, en raison de l’augmentation mécanique liée à l’ancienneté des personnels. En outre, des crédits théoriquement accordés par la loi de finances pour 2012, pour un montant de 70 millions d’euros, ont été gelés et mis en réserve et il n’est pas du tout sûr que nous récupérerons cette somme ".

Quant aux investissements, ils sont sérieusement rabotés. Pour la mise en sécurité des bâtiments, l’enveloppe est tombée à 20 millions d’euros, contre 200 à 300 millions en année normale. C’est la mauvaise surprise des plans de relance de 2009 et 2010, qui, en voulant accélérer ces travaux, ont procédé à une avance d’argent aujourd’hui déduite des dotations. Les universités qui n’ont pas profité de ces plans de relance sont ainsi doublement pénalisées : pas de travaux et plus de crédit !

" Crédits sous-estimés "

Autre impasse budgétaire : le décret licence d’août 2011, signé par l’ex-ministre de l’enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, exige, à juste titre, 1 500 heures de cours sur trois ans, mais aucun crédit supplémentaire n’a été prévu pour les financer.

La disette touche surtout les grandes universités scientifiques, notamment les quatre françaises arrivant en tête du classement de Shanghai : Paris-Diderot, Paris-Pierre-et-Marie-Curie, Paris-Sud et Strasbourg. Paris-Diderot, par exemple, affiche un déficit de 2,6 millions d’euros, en 2012 sur un budget global de 300 millions d’euros. Elle prévoit son aggravation à 6 millions d’euros en 2013. Elle a dû renoncer à recruter 20 professeurs (1,5 million d’euros), doit diminuer de 15 % le nombre d’heures d’enseignement des contractuels et rogner les crédits de fonctionnement courant de 5 %. " Des universités à forte activité de recherche, voient leurs crédits de fonctionnement sous-estimés, car le ministère prend mal en compte le personnel technique et les ingénieurs indispensables pour faire fonctionner les laboratoires ", explique Vincent Berger, son président.

A Strasbourg, la voilure doit être réduite de 4 % : " Sur un budget de 430 millions d’euros, 17 millions d’euros seront économisés sur les heures complémentaires, la sécurité des bâtiments et les investissements ", détaille Alain Beretz, son président. Strasbourg perçoit bien les intérêts des 600 millions d’euros qu’elle reçoit dans le cadre des investissements d’excellence (Idex), ces méga-projets de recherche, soit 25 millions d’euros par an, " mais ces fonds doivent aller à de nouveaux projets, pas au fonctionnement quotidien ", précise M. Beretz. Même son de cloche à l’université parisienne Pierre-et-Marie-Curie : " Nous sommes obligés de retarder certains investissements, notamment des innovations pédagogiques, ce qui est très dommageable à notre action transformatrice ", confirme Jean Chambaz, son président.

Des universités plus modestes sont également touchées, comme celle de Savoie : " 2012 est difficile mais 2013 sera terrible ", prédit Denis Varaschin, son président. " Sur un budget annuel de 110 millions d’euros, et alors que nos effectifs d’étudiants augmentent, il me manque 900 000 euros sur 2013 pour payer aux personnels les primes d’ancienneté. Nous devrons sans doute ponctionner les recettes de la formation continue pour boucler le budget ", précise-t-il.

Pour Jean-Loup Salzmann, " il serait impensable qu’un gouvernement de gauche, qui mise sur la jeunesse et sur la recherche, mette les universités à la diète budgétaire ou, pire, les place sous tutelle ". Geneviève Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, bataille déjà ferme avec Bercy pour obtenir les crédits complémentaires pour 2012 et tenter de faire échapper les universités à la rigueur, en 2013.

Isabelle Rey-Lefebvre

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